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Une belle leçon de vie

Hommage du PCF86 à Mercedes Nadal - Poitiers le 12 juin 2017

 

Une belle leçon de vie

 

Mercedes est née en 1923 dans une petite ville catalane du bord de la Méditerranée, Caldetas de Mar. Son père est cheminot et la famille de 4 filles (bientôt 5 avec l'arrivée de Montserrat en 1928) et 2 garçons, vit correctement mais l'histoire de la vie de Mercedes va se mêler étroitement avec l'Histoire.

Sous la Monarchie, le peuple espagnol et en particulier la paysannerie vit dans la misère la plus grande et les élections du 12 avril 1931 permettent la proclamation de la République. La victoire des Républicains fut grande en Catalogne !

Le père de Mercedes est républicain. Les réformes de la République, sur le plan social en particulier, sont profondes. La Droite et les propriétaires terriens rejoints par l'église, ne les acceptent pas et attaquent la République avec bientôt à leur tête Franco et l'aide de l'Italie Fasciste et de l'Allemagne nazie, alors que les « démocraties », dont le France vont refuser d'aider les Républicains. Malgré l'aide de volontaires du monde entier engagés dans les Brigades internationales, la République recule et en décembre 1938 le père de Mercedès doit partir en exil. Sa famille, qui doit bientôt fuir aussi dans des conditions épouvantables, ne le retrouvera qu'à la frontière française qu'ils passeront enfin ensemble ( « de l'autre côté des nuages » avait dit Mercedes ), sous les bombardements. Ils sont à nouveau séparés par les soldats français. Les femmes et les enfants sont mis dans un train qui les débarque à Châtellerault dans un camp, sans nouvelles de leur père et de leurs frères. Puis on les transfère à Poitiers en janvier 40 au Camp de la route de Limoges.

C'est là qu'elle rencontrera LLuis Nadal, un jeune combattant républicain qui avait survécu à la bataille de l'Ebre où étaient morts ses deux amis. Passé par l'horrible camp de Baccarès, il avait en fin de compte été embauché pour des travaux, pour lesquels il était hébergé mais pas payé et en particulier pour la construction du camp de la route de Limoges.

La famille retrouve le père, a des nouvelles des frères mais quand le père les rejoint, il est affaibli et ne rêve plus que de retourner en Espagne. Les filles doivent nourrir la famille : 2 puis 3 sont embauchées à La Pile Leclanché à Chasseneuil à 29 km du camp. Les trains ayant été supprimés à cause des bombardements, elles se lèvent à 4h et rentrent au camp à 23 h pendant un certain temps ! LLuis accompagne Mercedes pour la soutenir.

Le père affirme plus que jamais son désir de ramener sa famille en Espagne et Mercedes, mineure se marie avec Lluis après des péripéties administratives multiples. La famille quitte le camp où sont internés des Tziganes, des juifs, des « politiques » et qui devient camp de concentration dans les conditions et avec l'avenir horrible que l'on sait. Elle loue un petit appartement où toute le monde s'entasse : la nuit les hommes d'un côté, les femmes de l'autre ! LLuis obtient enfin une « carte industrielle » qui lui permet d'être payé et de loger et nourrir sa famille.

Les enfants naissent. Le premier Lluis, surnommé Lluiset est né le 27 octobre 1942.

Après le débarquement en Normandie, LLuis part en juillet à la frontière espagnole former les combattants dans l'espoir de libérer l'Espagne de Franco avec l'aide des américains. Le 19 octobre 1944, 4000 hommes, dont LLuis, franchissent le Val d'Aran mais les troupes franquistes prévenues, les repoussent. LLuis en tire les conclusions : les américains ne libéreront pas l'Espagne car ils se sont entendus avec Franco pour installer leurs bases militaires dans son pays.

Ils comprennent que c'est fichu, ils devront rester en Fance.

En novembre 1957 Mercedes et LLuis étaient français ainsi que leurs 9 enfants.

En 1964 LLuis était chef de la plus grosse entreprise en bâtiment de Poitiers qui comptait 80 salariés. C'était une belle réussite, grâce aussi à Mercedes qui tient la maison.

Ils décidèrent de faire connaître leurs racines à leurs enfants 27 ans après leur départ. La vie sous Franco avait laissé des blessures inguérissables dans leurs villages. Leur vie était en France où LLuis était un militant politique reconnu et écouté dans son Parti et au-delà. Mercedes rêvait de Paris mais reste dans son petit appartement de Beaulieu à Poitiers, entourée de ses enfants, petits enfants et arrières petits enfants.

Mercedes est resté fidèle au Parti Communiste Français jusqu'à son dernier souffle. Bien qu’alitée dans son appartement des Templiers à Beaulieu, elle lisait avec attention la Vienne démocratique chaque mois et se tenait ainsi toujours au courant de la vie politique qu’elle commentait avec beaucoup de pertinence et de vivacité et regardait aussi la télévision espagnole, entourée de sa famille.

Son histoire, c'est une belle leçon de vie. Elle est la mère d'une famille, de 5 générations, dont beaucoup de communistes. Certains ont représenté le PCF lors des élections, encore lors des dernières départementales. C'est une famille qui a marqué et qui marque. On connaît tous un Nadal. Ce sont des gens généreux, courageux, des résistants. Nous sommes fiers que de tels êtres humains aient été et soient nos camarades.

À la famille, enfants, petits enfants, arrières et arrière-arrière petits enfants, à ses proches, je présente toute mes condoléances et celles des communistes. Avec Mercedes nous perdons une camarade, une amie, une figure, mais ce qu'elle a construit, ce qu'elle a transmis est indélébile.

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