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Se souvenir, c'est demeurer fidèle, à ceux qui sont tombés

Allocution de Carine Picard-Nilès, Secrétaire générale de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt - camp d'internement de Rouillé le 25 juin 2017

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les représentants des associations d’anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les porte drapeaux

Mesdames, Messieurs,

Chers amis, chers camarades,

Je tiens à excuser, Raymond Granet, fils de Désiré Granet, fusillé à Châteaubriant le 22 octobre 1941, qui n'a pu être présent pour des raisons de santé.

De 1940 à 1944, la Résistance dans la Vienne a été très active dans ce département coupé en deux par la ligne de démarcation. Des premiers groupes de l’ « Organisation Spéciale » aux « Francs-Tireurs et Partisans » en passant par le « Front National de Libération de la France », ce sont des centaines de patriotes qui ont engagé l’action contre l’occupant nazi et le gouvernement de collaboration de Vichy. Nombreux l’ont payé de leur vie dans les camps de concentration, devant les pelotons d’exécution comme à la Butte de Biard, torturés à mort à la prison de la « Pierre Levée » ou exécutés avec la plus extrême barbarie comme ce qui s’est passé à Vaugeton ou nous nous rendrons tout à l’heure.

Je salue d'ailleurs parmi nous, la fille de Raphaêl MASSA ENDREU, Maria MASSA MARTINEZ et ses deux filles: Maria Dolors et Laura ainsi que la famille de Luis GOMEZ CASTANO, Carolina, Luis, José, Ginés, Jorge, Ana Maria et Leo, qui furent tous les 2 fusillés à Vaugeton. Je leur adresse notre reconnaissance et nos remerciements pour l'engagement de leurs parents, ces combattants précurseurs de la résistance antifasciste qui avaient le République au cœur.

Le camp d’internement administratif de Rouillé, appelé, comme tous les autres camps en France, plus joliment « Centre de séjour surveillé » a été ouvert le 6 septembre 1941 avec l’arrivée de 150 internés politiques de la Région Parisienne, c’est à dire des membres du Parti Communiste dissous, enfermés depuis le 5 octobre 1940 au Camp d’Aincourt en Seine et Oise.

En transférant ces internés, le Directeur du camp d'Aincourt se débarrassait à la fois des mauvais sujets, et il espérait briser en même temps l’organisation politique qui s'installait. Mais s’était sans compter sur la détermination de ces militants désireux de s'évader pour reprendre le combat pour la liberté.

Jean Fumoleau, membre de l'Amicale Châteaubriant, qui nous a quitté récemment et qui fut un des fondateurs du Comité de Rouillé se souvient dans un de ces récits : « Au camp de Rouillé, composé de Droits communs, d'hommes arrêtes pour 'marché noir', d'étrangers en majorité des Républicains Espagnols et pour les plus nombreux, les politiques dont je faisais partie. Contrairement à ce qu’espéraient les gens de Vichy, les internés ne restaient pas oisifs, une organisation s'est très vite mise en place. Le but était de rester actif physiquement et intellectuellement pour reprendre le combat, nous avons donc mis en place des activités culturelles, une chorale, un orchestre, une bibliothèque et un groupe théâtral dont on m'a confié la responsabilité. »

Sœur Cherer nous faisait parvenir des costumes de théâtre, Camille Lombard, photographe venait également nous voir, mais nul ne savait qu'il était un des responsables de la résistance dans la région et le docteur Cheminée a bien souvent rédigé des demandes d'hospitalisation qui ont sauvées certains de la déportation. »

Ces internés politiques français ou étrangers, transformés en otages, ont montré à la population française, le vrai visage de l’occupant nazi et de la collaboration de l’état Français.

Qui étaient-ils ? Étaient-ils des mauvais français, Étaient-ils des traîtres, étaient-ils des terroristes ? Ou simplement des citoyens épris de leur pays et de liberté ?

Pendant quatre années, la résistance a connu une terrible répression.

La guerre et l’occupation imposées par les armées de l’Allemagne nazie dans presque tous les pays d’Europe ont coûté la vie à plus de 50 millions de personnes.

Aujourd'hui, dans cette période de troubles, de mal être, d'insécurité, souvenons-nous juste, qu'à chaque moment de notre histoire ou l’État d'urgence a été décrété cela s'est traduit pas des restrictions des libertés individuelles, collectives et politiques : des journaux censurés, des dirigeants politiques et syndicaux arrêtés et une mise à mal de la Démocratie.

En relisant le résistant écrivain et poète Vercors, dans sa préface du livre « La Résistance, la liberté en héritage » on peut être frappé par ses mots : « Les grands malheurs des hommes viennent de ce qu’ils les oublient sitôt passés et de ce que les générations suivantes, qui ne les ont pas subis, sont prêtes à se lancer dans de nouvelles mésaventures. C’est donc presque un devoir, pour ceux qui se souviennent, de s’évertuer contre cet oubli et d’avertir la jeunesse qui les suit ».

Car se souvenir, ce n'est pas ringard, et réservé à certains anciens.

Se souvenir, c'est demeurer fidèle, à ceux qui sont tombés.

Se souvenir, c'est aller au coude à coude, rendre hommage aux héros de la liberté et du bien-être.

Je tiens à ce sujet, à remercier à nouveau Guy Dribault et Jacqueline bien sûr, pour leur implication dans l'association. Aujourd'hui Jean Jacques Guerin, reprend le flambeau afin que personne ne vienne un jour, mettre un voile sur le passé.

Permettez-moi enfin, au nom de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt de vous remercier de votre présence encore nombreuse à perpétuer cette cérémonie en hommage, à ceux qui, en ce lieu, ont été interné, déporté ou fusillé pour que nous vivions dans un monde de paix, un monde comme il est inscrit sur les frontons de nos édifices publics de « Liberté, Égalité et Fraternité ».

Je finirai avec ces mots si forts et tellement encore d'actualité lancés par Dolores Ibàrruri, plus connue sous le nom de la Pasionaria le 19 juillet 1936 à Madrid dans une Espagne qui s’apprêtait à combattre le fascisme avant qu'ils ne déferlent en France: No Pasaràn !

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