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Inauguration, à Châtellerault, de la Place des Résistantes et des Résistants de la Manufacture

La cérémonie s’est déroulée en la présence émouvante de Marcel Fillaud, résistant FTP de la Manu qui, en particulier, a donné le signal de la grève du 6 novembre 1942 en coupant l’électricité de l’usine (voir discours ci-dessous)et de Renée Moreau, résistante déportée de la Manu qui prononcera le discours (voir photos au bas de l’article)...

Dans l’assistance, on remarquait la présence de Pierre Baraudon, candidat Front de gauche sur la circonscription, d’Yves Jamain, secrétaire départemental du PCF et petit fils de Léone Baugé-Jamain (voir ci-dessous) et de Raymond Jamain, résistant déporté qui était présent également, de Jean-Louis Moreau, responsable de Châtellerault du PCF, de Paul Fromonteil, ancien élu communiste de Châtellerault et du Conseil régional et de nombreux citoyens, membres d’associations, militants politiques ou syndicalistes dont, en particulier des représentants de l’intersyndicale de la Fonderie du Poitou Alu en lutte depuis 10 mois et dont la présence était lourde de signification.

Renée Moreau a retracé dans son discours, dont voici quelques extraits, l’histoire héroïque de cette résistance :
« Chers amis, chers camarades
Ce 8 mai, inaugurer cette place des Résistants, c’est aussi rendre hommage à tous les combattants de la liberté. Aujourd’hui, nous retrouver ici à la Manufacture est pour nous, anciens manuchards, tout un symbole, un symbole aussi pour l’ensemble du pays Châtelleraudais .
Pour moi, les murs de cette Manu sont porteurs d’Histoire, une histoire patriotique, en particulier pendant la Guerre 39/45.
Tout devint tragique, insupportable, lorsque le 23 juin 1940, l’armée allemande occupe notre ville, la Manufacture est réquisitionnée, son personnel contraint d’obéir aux ordres de l’occupant avec la complicité du directeur français.
Les brimades étant de plus en plus insupportables, il faut savoir dire : Non ! Non à l’inacceptable, il faut résister !
Résister contre l’occupant, résister contre le nazisme.
Dans la région, la Manu est l’un des foyers de résistance les plus importants.
Dès octobre 1940, les Résistants organisent des actions très fortes. L’une des plus remarquables a lieu lors de la réquisition des ouvriers pour aller travailler en Allemagne
La réaction des résistants est immédiate : ils déclenchent une grève. C’est le 26 novembre 1942, à 15h, partant de l’atelier 39 et 39 bis que Marcel, résistant FTP ( il est là tout prés) coupe le disjoncteur électrique.
Toutes les machines s’arrêtent !
Ouvrières et ouvriers sortent des ateliers et défilent dans les artères de la Manu en scandant ;
Non ! aux réquisitions, non au STO...
Les grévistes se regroupent devant les bureaux des directeurs allemands et français quand soudain éclate une vibrante « Marseillaise ».
1942/ 2012 : c’est un passé inoubliable !
On ne peut oublier les répressions par la Gestapo, les arrestations, l’internement, les tortures, les fusillades à la butte de Biard, la déportation. [...]
Aujourd’hui en ce lieu, je dédie cette journée historique à tous mes camarades de combat.  »

Ensuite l’historienne Marie-Claude Albert (1) a rappelé que « Dans cette résistance pionnière les femmes ont joué un rôle essentiel. Agées d’à peine 20 ans, elles s’investissent au nom d’un idéal patriotique pour chasser les nazis. »

Parmi ces femmes, des figures émergent comme celle de René Moreau, auteur du discours, qui forme dès 1940, avec Marcel Fillaud et une quarantaine d’ouvrières et d’ouvriers dont beaucoup étaient communistes et / ou cégétistes , un noyau de résistance locale « l’organisation spéciale » affiliée en 1941 aux FTP, déportée, celle de Léone Baugé (Léone Jamain) qui, engagée à 19 ans, devient agent de liaison et chef du 6ème groupe des FTP secteur sud, arrêtée en février 1943 et déportée à Ravensbrück et celle d’Eliane Devergne alias « Lily » agent de renseignement au niveau régional et avec Paris, déportée également.

Ces militants agissent de façon opérationnelle dans la région en parallèle avec des actes militants à l’intérieur de l’usine (tracts dans des boites à outils, ralentissement ou sabotage de la production d’armes destinées aux nazis, etc...).

La Manu a payé un lourd tribut :
150 arrestations,
51 internements,
76 déportations
19 exécutions

Pour conclure, redonnons la parole à Renée Moreau : « Nous avons le devoir de ne pas laisser s’éteindre les mémoires, de rappeler les leçons de l’Histoire qui appellent à la lucidité et à la vigilance. »

Françoise Poteau

Note de bas de page :
1) Auteur de l’ouvrage Châtellerault sous l’occupation, Geste éditions, 2005

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