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Meeting Front de Gauche du 28 mars : quelle alternative à l'austérité ?

 

Un meeting du Front de gauche s’interroge sur l’alternative à l’austérité

200 personnes débattent aux Salons de Blossac à Poitiers le 28 mars dernier avec :

Patrice Bessac- porte-parole du PCF

Martine Billard- Co-présidente du Parti de gauche

Jean-Jacques Boislaroussie, porte-parole des alternatifs

Et Véronique Sandoval, économiste du PCF

 

 

Intervention de Véronique Sandoval,  économiste du PCF,  après des rencontres avec les syndicalistes du Châtelleraudais de de la zone de Chasseneuil :

Les politiques de lutte contre le chômage :

 

Depuis 30 ans la même politique est mise en œuvre pour combattre le chômage, avec le succès que l’on connaît : Un taux de chômage de moins de 3% en 1968, de 9 % en 1984, de 12 % en 1994 et un taux équivalent aujourd’hui.

C’est celle inspirée par le MEDEF et martelée par tous les « experts » recrutés par les médias comme la seule envisageable. Elle consiste - à développer les emplois précaires, au nom d’une « nécessaire plus grande flexibilité de la main d’œuvre » et – à alléger le « coût du travail » par un gel des cotisations sociales patronales dénommées « charges sociales », au nom de la « compétitivité » des entreprises.

Cette politique, généralisée au niveau de tout le continent européen, a conduit au désastre que l’on sait :

  • La précarisation des emplois, par la généralisation des embauches en CDD et le développement de l’intérim, loin de réduire le chômage, l’étend à une fraction toujours plus importante de la population, au point que plus personne ne peut s’en penser à l’abri, même les plus diplômés. Cette précarisation a en revanche un impact déterminant sur la multiplication des « travailleurs » pauvres qui alternent périodes d’emploi et périodes de chômage, un impact sur la destruction des liens sociaux et le « vivre ensemble », notamment au travers de la destruction des liens unissant les collectifs de travail. Enfin c’est elle qui est, pour une grande part, à l’origine de la trop grande consommation de médicaments pour combattre le stress, et donc d’une part importante des dépenses de santé.
  • Quant au gel des salaires et à l’allègement des « charges sociales », au nom d’une nécessaire réduction du « coût du travail » pour assurer la « compétitivité » de nos entreprises industrielles au niveau mondial, loin de rétablir l’équilibre de notre commerce extérieur par le  développement de nos exportation, sa principale conséquence est la baisse de la consommation et un endettement des ménages, mais surtout la détérioration de l’équilibre financier du budget de la protection sociale consacré au financement des dépenses de santé et de nos retraites.

Non l’intérêt des grands groupes financiers défendu par le MEDEF ne se confond pas avec l’intérêt national

 

Va-t-on dès lors continuer sur cette voie, ou va-t-on changer de cap ?

Certes le gouvernement Hollande est en train de mettre en place des mesures (nouvelles ?) pour combattre le chômage des jeunes, avec les emplois d’avenir (seuls 15.000 sur les 100.000 prévus ont été créés et il s’agit d’emplois aidés) et les futurs « contrats de génération » qui n’ont cependant pas encore vu le jour.

Mais, malgré un énième détournement de vocabulaire qui a vu par exemple les « plans de licenciements » transformés en « plans sociaux pour l’emploi » puis en « plans de sauvegarde de l’emploi », la transposition de l’Accord National Interprofessionnel ( ANI) en projet de loi de « sécurisation de l’emploi » poursuit la même politique,  la politique européenne de « flexi-sécurité », à savoir :

  • une précarisation de l’emploi par la simplification des procédures de licenciements, l’instauration d’un « CDI  intermittent » et la menace de licenciement pour tout salarié qui n’accepterait pas une mobilité géographique ou professionnelle.
  • une baisse du « coût du travail » (déjà relancée par la loi sur les accords de « compétitivité emploi ») avec la possibilité donnée au patronat, en période de baisse de la conjoncture,  d’imposer des baisses de salaires et des heures travaillées gratuitement (par le biais d’accords d’entreprise qui prévaudraient sur les conventions collectives et même sur la loi, ce qu’on appelle l’inversion des normes).

 

 

Pourtant,  quels sont les problèmes concrets que les salariés affrontent déjà aujourd’hui dans ce département ?

  • Des contrats d’embauche précaires permettant de leur imposer des conditions de travail déplorables, comme celles que connaissent les salariés du  Centre d’appel  Laser Contact à Chasseneuil, avec toutes les conséquences qui en découlent :

o   En matière  de perte de sens du travail effectué, travail dont la qualité est remise en cause par les objectifs quantitatifs imposés et les conflits que doivent dès lors sans cesse affronter les salariés, entre l’éthique d’un service de qualité et les directives qui leur sont données – conflits qui conduisent souvent à la démission (d’où des taux de turn-over impressionnants), au stress, au burn-out, parfois au suicide,

o   En matière de précarisation des revenus et des projets de vie

  • Des plans sociaux, comme l’usine de Chasseneuil de Fédéral Mogul en a connu en 2009, accompagnés d’une intensification des cadences et de changements dans l’organisation du travail en équipe, suivis 3 ans après d’un gel des salaires sous menace de délocalisation en Pologne, avec pour conséquences
    • Des horaires de travail qui vont à l’encontre du « vivre ensemble » au niveau de la famille  comme de la société
    • Un accroissement des dépenses de santé qui fait le bonheur des industries pharmaceutiques, mais qui creuse chaque jour le déficit de la sécurité sociale et une perte de pouvoir d’achat qui s’accompagne d’une restriction des dépenses non contraintes et pèse sur les débouchés et l’emploi
    • Des stratégies de fusion et de restructuration des entreprises qui ont pour objectif    d’accroître la rentabilité des capitaux spéculatifs  placés en bourse par les grands groupes financiers concernés, mais qui , comme à l’entrepôt de la Coop Atlantique, vont non seulement à l’encontre du maintien de l’emploi (car elles visent justement la réduction des effectifs destinée à faire monter le prix de l’action en bourse), mais vont également à l’encontre  de la rationalité économique et de la préservation de l’environnement, en accroissant les transports routiers de marchandises, comme l’a montré clairement le plan alternatif élaboré par les salariés pour préserver leur emploi
  • Ou encore la priorité donnée par les banquiers à des repreneurs cupides (voyous), condamnés à plusieurs reprises, plutôt qu’au dossier de création d’une scoop présenté par les salariés de Buroform pour assurer le développement de l’entreprise et non sa liquidation, comme l’a dénoncé Alain Lebeau.

Pour affronter ces problèmes très concrets, une toute autre politique peut être mise en œuvre en combinant action sur le terrain, mobilisation nationale dans le cadre de la semaine d’action prévue la semaine prochaine et vote des projets de loi et amendements déposés par les parlementaires du Front de gauche,  avec des mesures susceptibles de s’appliquer dans les semaines qui viennent et des mesures à plus long terme.

 

Parmi les mesures immédiates susceptibles d’être gagnées, citons :

Le projet de loi interdisant les licenciements boursiers déposé au Sénat il y a un an par le Front de Gauche et dont une nouvelle version a été déposée à l’Assemblée nationale. Il avait été il y a un an voté par toute la gauche au Sénat. Pourquoi les socialistes ne pourraient-ils le voter aujourd’hui à l’Assemblée ?

Le droit de Veto suspensif pour les Comités d’entreprise à l’annonce d’un plan de licenciements, qui entraînerait l’arrêt de la procédure, le temps nécessaire pour construire des propositions alternatives, comme dans le cas des salariés de la Coop Atlantique. Ce droit de veto exigé par la CGT fait l’objet d’un amendement au projet de loi sur l’ANI, déposé par le Front de Gauche. Les députés socialistes peuvent le voter la semaine prochaine

Un droit d’information et de préemption des salariés, lors de toute cession partielle ou totale d’une entreprise, en cas de transformation de cette entreprise en une « entreprise sous statut coopératif ». Cette proposition de loi ayant reçu l’accord de tous les candidats à l’élection présidentielle de 2012- à l’exception du FN, pourquoi ne pas la reprendre et la faire voter par la gauche ?

Ainsi que les amendements au projet de loi sur la sécurisation de l’emploi déposés par les parlementaires du Front de Gauche et visant notamment à rétablir le CDI en tant que la norme en matière de contrat de travail, à encadrer le recours à l’intérim , à instituer un droit automatique à passer à temps plein pour les salariés à temps partiel contraint,  à rétablir les prérogative des CHSCT et à interdire les mobilités forcées (qui engendrent les risques psychosociaux comme le dénoncent tous les médecins du travail, les ergonomes, les inspecteurs du travail).

 

La relance de l’économie passe elle, par :

  • Une autre répartition des richesses :
    • la relance des salaires et le développement des services publics
    • l’allègement des charges financières imposées par les banques aux PME et la réduction de la part de la valeur ajoutée attribuée aux actionnaires sous forme de dividendes  et qui alimentent la spéculation financière (ces prélèvements représentent à eux seuls deux fois le montant des « charges sociales »)
  • De nouveaux droits pour les salariés
    • l’intervention des salariés dans la gestion des entreprises et l’organisation du travail, afin d’empêcher la liquidation programmée de leur leurs emplois comme celle organisée par l’accord entre Carrefour et la Scoop Atlantique et de mettre fin à la souffrance au travail
    • et la redéfinition des filières industrielles prioritaires
  • La mise sous tutelle des banques et marchés financiers avec :
    • la création d’un pôle bancaire et financier public  et le regroupement de toutes les aides aux entreprises et exonérations de charges sociales pour pouvoir attribuer des prêts à taux 0% aux investissements matériels et de recherche des PME
    • un changement de cap de la Banque Centrale européenne
    • et la création de fonds régionaux pour l’emploi auxquels les salariés en lutte, comme les PME,  pourraient faire appel pour la modernisation ou le développement de leur entreprise.

Mais il faut aussi mettre un terme  à la campagne idéologique martelée à l’occasion de tous les débats de politique économique, à savoir celle sur la « compétitivité », soit disant garante d’un haut niveau d’emploi, mais qui symbolise avant tout les stratégies patronales pour développer toujours plus la déréglementation du code et du marché du travail, au nom de la concurrence entre salariés au sein d’une mondialisation des échanges inévitable. Campagne utilisée au sein même d’entreprises performantes comme la SNECMA ou THALES pour peser sur les salaires et la durée du travail.

Le refrain, on le connaît par cœur. Notre pays souffrirait d’un déficit de compétitivité du à un coût du travail trop élevé, d’où des délocalisations en masse et un accroissement de notre déficit extérieur. Et la solution à la crise  résiderait donc, outre dans la réduction des dépenses publiques, dans la conclusion d’accords de compétitivité réduisant les salaires ou accroissant les heures de travail non payées, accompagnés d’un allègement des « charges sociales » (traduisez : l’allègement des cotisations patronales qui financent la protection sociale).

 

En réalité la fragilité de notre industrie réside

Dans un niveau de recherche-développement insuffisant (2,1 % du PIB contre 2,8% en Allemagne), malgré des aides aux entreprises non négligeables mais attribuées sans exiger de contreparties

Et dans la volonté des grands groupes financiers d’accroitre leurs profits au détriment des sous-traitants en faisant peser la menace de délocalisation, ce qui explique les difficultés des PME sous-traitantes pour obtenir des crédits bancaires faute d’une rentabilité suffisante

 

Le coût du travail est un bouc émissaire

Si on prend en compte la productivité du travail, particulièrement élevée en France, et que l’on calcule le coût du travail par unité produite, il baisse de o,5 % par an depuis la fin des années 90

 

Le coût du capital, lui, est passé sous silence

 

La part des revenus tirés de l’activité des entreprises, c’est à dire du travail des salariés qui est allouée aux actionnaires s’est accrue, elle dans des proportions considérables au cours des 12 dernières années.

La flexibilité du travail,  qui est l’autre élément de la « compétitivité » (par la modulation du temps de travail, le temps partiel imposé, l’ assouplissement des conditions de travail ) et qui constitue  l’essentiel des mesures obtenues par le MEDEF dans l’ANI, ne peut que nous conduire dans le mur , dans le cadre d’échanges extérieurs qui ont lieu,  pour l’essentiel, entre pays européens et d’une similitude parfaite dans les politiques d’austérité et de flexibilité du travail menées dans tous les pays européens.

En effet si tous les pays européens voient leur consommation des ménages et leurs investissements publics se réduire, auprès de qui peuvent-ils espérer développer leurs exportations pour assurer leur développement économique et l’emploi ?

 

Il faut en finir avec la logique de la compétitivité et les politiques d’austérité menées dans tous les pays européens. Il faut mettre en place un nouveau mode de développement, fondé sur la réponse aux besoins sociaux et à la crise écologique, la coopération et la réduction des inégalités.

 

Enfin, comme le disait un camarade responsable d’une association d’insertion des handicapés, il faut mener la lutte contre les méthodes de management qui, après avoir envahi le privé s’attaquent au secteur public, et qui se traduisent, sous prétexte de laisser une grande autonomie aux salariés dans la réalisation des objectifs qui leur sont fixés, par des pressions et des intimidations au travail, destinées à empêcher le salarié de lutter avec les autres pour défendre son travail et le voir reconnu. Il faut imposer la suppression des entretiens d’évaluation mais imposer  le droit des salariés à intervenir sur l’organisation du travail comme sur la stratégie de production des richesses : que produire, et comment ?

          

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