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Le Chili au coeur

Il y a 40 ans ...Nous avons toujours le Chili au cœur 

 

11 Septembre1973- -« Il pleut sur Santiago ». C’est par ce message que l’armée félonne annonce le bombardement du palais de La MONEDA où Salvador ALLENDE, président élu démocratiquement 3 ans plus tôt, s’est retiré avec quelques amis fidèles. Il vient de prononcer son dernier discours sur radio Magallanes (radio du PC, dernière à émettre) : « … Travailleurs…allez de l’avant…beaucoup plus tôt que tard vous ouvrirez de nouveau les grandes avenues  par où passe l’homme libre pour construire une société meilleure » Puis il se suicide avec la mitraillette offerte par son ami Fidel CASTRO. ALLENDE, porté au pouvoir par un formidable mouvement populaire dont les 2 partis marxistes (PC et PS) étaient l’ossature, tient de suite ses promesses : réforme agraire, nationalisations des secteurs clés, augmentation des salaires, enseignement, aide aux plus démunis …un programme révolutionnaire conduit par un président fidèle à ses engagements, respectueux de son peuple et de la démocratie, courageux à l’extrême . Tous les yeux étaient alors braqués sur le CHILI en train de passer pacifiquement au socialisme…

Mais l’oligarchie financière, les grands propriétaires, les commerçants, les groupes fascisants et l’armée aux ordres de la CIA ont mis une fin brutale à ce processus démocratique. C’était un avertissement aux autres peuples d’AL qui auraient eu des velléités de subversion :« Plus jamais un nouveau CUBA dans la zone d’influence yankee ! ». Et ce fut le massacre du Peuple Chilien !

40 ans plus tard, le comité de Poitiers de l’association France Amérique Latine, soutenu par les partis de gauche et les syndicats CGT et FSU a tenu à rendre hommage à ce Président exemplaire et à toutes les victimes de la dictature qui suivit. Avec l’aide de la ville de Poitiers, une plaque commémorative a été ajoutée rue S.ALLENDE. Une exposition,des films, une soirée musique et poésie ont apporté un autre éclairage sur ces événements ; l’expression culturelle est un puissant levier de la solidarité internationale.

Marie-Thérèse Amand et Colette Casado, France Amérique latine

 

 

Dans la Vienne, la solidarité avec les chiliens après le coup d’Etat fasciste au Chili

 

L’accueil des réfugiés s’est organisé dans l’urgence mais aussi dans la durée, de façon concrète, en particulier à Poitiers, où, sous l’impulsion d’Alain Sicard et d’autres universitaires hispanisants, le Comité solidarité Chili a joué un rôle important. Des universitaires ont trouvé du travail à l’Université, des musiciens au Conservatoire, des infirmières à l’Hôpital, une des premières femmes conductrices de bus à Poitiers est d’origine chilienne, des étudiants ont pu terminer leurs études … La majorité d’entre eux s’est installée mais certains sont retournés au Chili à la chute de Pinochet.

Naintré avec son Maire communiste, Robert Sauvion, a joué à plein la solidarité internationale comme Chauvigny, par le biais de la MJC.

Le Parti communiste, en accord avec ses convictions internationalistes, a joué un rôle important en particulier dans l’accueil des militants persécutés. Au siège du Parti communiste, une fresque réalisée par Theresa Montiel et Grégorio Berchenko (artistes plasticiens aujourd’hui retournés au Chili qui ont également réalisé la fresque du Parc des expositions à Poitiers, une fresque à Naintré, une à Chauvigny ) témoigne de leur reconnaissance.

La Vienne a le Chili au cœur.

Françoise Poteau

 

 

 

 

Discours d’Alain Sicard à l’inauguration de la plaque Salvador Allende à Poitiers

 

 

Nous sommes réunis ici par le souvenir d’un homme et d’un des épisodes les plus tristes d’un XXème siècle qui n’en fut pas avare.. Cet homme, que cette avenue s’honore de porter le nom, est Salvador Allende, président de la République du Chili et martyr de la démocratie.

Des pays d’Amérique Latine le Chili est géographiquement un des plus éloignés de nous. Comment se fait-il que ce pays,que la cordillère semble sur toute sa longueur vouloir rejeter dans l’océan (”tout entouré d’eau combattante / et de neige combatuue” , comme le décrit Pablo Neruda dans le poème que le passant pourra lire sur cette plaque) , comment se fait-il que ce petit pays lointain soit pour nous, citoyens français, si proche à notre coeur?

Quarante ans ont passé depuis que Salvador Allende, les armes à la main, faisait le sacrifice de sa vie dans son palais présidentiel incendié par les bombes. Comment se fait-il qu’aprés toutes ces longues années nous nous rappelons cette mort comme si elle s’était produite hier, que nous la ressentions avec la même force que si nous en avions été les témoins? Comment se fait-il, enfin, qu’en France et dans le monde entier, des centaines de rassemblements semblables à celui-ci ont lieu pour commémorer cet homme et cette date?

Nous sommes plusieurs ici à avoir vécu ces sombres journées de septembre 1973accrochés au transistor qui transmettait, dominant le fracas des bombes et de la mitraille, le dernier discours du président assassiné. A chaque génération son traumatisme historique. Je ne veux pas parler des grands massacres internationaux, mais d’évènements de dimensions, si j’ose dire, plus modestes au regard du cortège d’abominations qui accompagna les deux grandes guerres mondiales. Pour ceux qui étaient nés avec le siècle, il y eut la guerre d’Espagne. Pour nous ce fut le Chili. Nos ainés eurent l’Espagne au coeur –Neruda, toujours.. Nous eûmes –nous avons- le Chili au coeur.

Comme l’Espagne de 1936, le Chili de 1970 ont valeur de symbole, et, pour malheureux qu’ ait pu être, dans un cas comme dans l’autre, le dénouement que l’Histoire –l’Histoire avec sa grande hache, disait l’écrivain Georges Perec- réservait à ces jeunes républiques, leur exemple continue à briller au ciel des démocraties.

Voilà donc ce qui aujourd’hui nous réunit, et ce qui, par delà le drame, fonde notre espérance.

Bouleversé par les nouvelles qui nous arrivaient du Chili, le Maire de Poitiers, Jacques Santrot avait alors décidé avec son conseil municipal de donner le nom du président Allende à une avenue de ce nouveau quartier qu’était alors Les Couronneries. Ce fut chose faite le 5 novembre 1978. En ce quarantième anniversaire, le comité local de l’Association France-Amérique Latine, réuni autour de sa présidente Marie-Thérèse Amand a souhaité que le souvenir de Salvador Allende trouve une expression plus complète par l’apposition d’une plaque commémorative. L’idée fut accueillie avec enthousiasme par le Maire de Poitiers, Alain Claes, qui décida de la mettre en oeuvre, et de parrainer l’ensemble des manifestations qui l’accompagneraient, manifestations dont vous trouverez le détail dans le la presse et sur l’affiche éditée en cette occasion.

Il me faut décrire brièvement la plaque que nous inaugurons ce soir. Y figure un portrait du président Allende, accompagné d’un court texte rappelant qui il fut. On peut y lire les phrases suivantes:

“Salvador ALLENDE (1908-1973), président de la République du CHILI de 1970 à 1973, répondit aux aspirations de la majorité du peuple chilien par la mise en place d’un gouvernement d’UNITE POPULAIRE.

Dans le plus strict respect de la légalité, d’importantes réformes furent entreprises.

Renversé le 11 septembre 1973 par un coup d’état militaire, le président ALLENDE mourut, les armes à la main, dans son palais présidentiel bombardé par l’aviation.

La pureté de son idéal socialiste, son courage et sa dignité en font un exemple pour les démocrates du monde entier.”

On peut lire également sur la plaque commémorative un poème de celui qui fut l’ami de Salvador Allende et son Ambassadeur en France, et surtout un des plus grands poètes de ce temps: Pablo Neruda, que le jury du Prix Nobel en 1971 distingua pour avoir incarné dans son oeuvre les aspirations de tout un continent. Ce poème synthétise de façon symbolique tout à la fois la géographie du Chili et ce que fut, en différentes occasions, sa mission historique. Je voudrais vous en donner lecture, non sans avoir rappelé que, comme plusieurs grands noms de la littérature latino-américains –je pense à Julio Cortázar, à Miguel Angel Asturias, à Augusto Roa Bastos, à Carlos Droguett, Nélida Piñon, et d’autres encore, Pablo Neruda fut l’hôte de l’université et de la ville de Poitiers.

Patrie, ô ma patrie

tout entourée d’eau combattante

et de neige combattue,

l’aigle en toi s’unit avec le soufre,

et dans ta main antarctique d’hermine et de saphir

une goutte de pure lumière humaine

brille, embrasant le ciel ennemi.

 

Préserve ta clarté, patrie!, maintiens

ton dur épi d’espoir au milieu

du vent aveugle et redoutable.

Sur ta terre lointaine est tombée toute cette lumière difficile,

ce destin des hommes

qui t’oblige à défendre une fleur mystérieuse

seule, dans l’immensité de l’Amérique endormie.

 

 

Au jourd’hui , c’est au tour du poète chilien Waldo Rojas d’être l’hôte de Poitiers. Waldo n’est pas seulement un des poètes phares de sa génération. Il fut, aux côtés de centaines d’intellectuels chiliens, un des acteurs de ces trop courtes années de l’Unité Populaire. C’est de cette expérience qu’Il apportera ce soir témoignage ,à la Médiathèque, à travers ses souvenirs et ses poèmes. Q’il en soit par avance remercié

 

En guise de point final, je voudrais faire une seconde lecture. Il s’agit de quelques lignes de l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano qui résument mieux que je n’ai su le faire dans cette brève allocurion l’immense portée historique et symbolique de la figure de Salvador Allende

Au Mexique. Un village appelé Salvador Allende.

 

Dans les montagnes de Nayarit, il y avait une communauté qui n’avait pas de nom. Depuis des siècles, cette communauté d’indiens huichols en cherchait un. Carlos González, l’un d’eux, le trouva tout à fait par hasard.

Cet indien huichol était allé à la ville de Tepic pour y acheter des semences et rendre visite à des parents. En traversant une décharge, il ramassa un livre jeté au milieu des ordures.

Assis à l’ombre d’un avant-toit, il commença à en déchiffrer les pages. Le livre parlait d’un pays au nom bizarre, que Carlos ne savait pas situer, mais qui devait être bien loin du Mexique, et il racontait une histoire assez récente.

Sur le chemin du retour, en gravissant la montagne, Carlos a continué à lire. Il ne pouvait s’arracher à cette histoire de terreur et de courage. Le personnage central du livre était un homme qui avait su rester fidèle à sa parole.

En arrivant au village, Carlos annonça, euphorique : Nous avons enfin un nom ! Et il lut le livre à tous, à haute voix. Cette lecture hésitante lui prit presque une semaine. Puis les cent cinquante familles votèrent. Elles votèrent toutes oui. Et le baptême fut célébré par des danses et des chants.

Ils ont maintenant un nom. Cette communauté porte celui d’un homme digne qui n’hésita pas à choisir entre la trahison et la mort.

«  Je vais à Salvador Allende » disent maintenant les voyageurs.

 

D’après Eduardo Galeano. In La memoria del fuego (Mémoire du feu), 1984.

Salvador Allende est un village situé dans la commune de Tepic, capitale de l’état mexicain de Nayarit.

 

 

Poitiers, le 11 septembre 2013

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