Fédération de la Vienne

Fédération de la Vienne
Accueil
 
 
 
 

Rouillé-Vaugeton : Au nom de qui, de quoi, devrions-nous aujourd'hui accepter une dictature économique qui asservit et appauvrit les peuples ?

Rouillé- Vaugeton « Au nom de qui, de quoi, devrions-nous aujourd’hui accepter une dictature économique qui asservit et appauvrit les peuples ?  

Pour moi, pour nous, au nom des résistants, des internés, des déportés, des fusillés, se libérer est de nouveau posé aujourd’hui. »

Allocution de Fernand Devaux, Rouillé le 29-6-2014 à l’occasion du 70ème anniversaire de la libération du camp de Rouillé et en hommage aux otages fusillés et aux déportés dans les camps de la mort.

Fernand Devaux est, avec Mr Montagne, le dernier survivant du convoi du 6 juillet 1942 où était aussi René Amand, père de nos camarades Michel et Jean Amand qui n’en est pas revenu. Les paroles de Fernand Devaux méritent d’être lues et diffusées .

« Cette année, notre pays commémore le 70ème anniversaire de la Libération après quatre années terribles d’occupation des forces hitlériennes avec la complicité de Pétain et des forces françaises d’extrême droite.

La guerre totale des nazis était en voie d’être battue. La victoire de l’Armée Rouge, un an plus tôt à Stalingrad, avait été un premier grand tournant de la guerre, l’Allemagne nazie n’était plus invincible.

Il faudra encore un an pour que cette Allemagne nazie capitule sans conditions et que le nazisme soit vaincu.

Des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants périront encore en Europe et dans le monde avant que cesse le plus grand conflit armé qu’a connu l’humanité. Puis seront connus les pires crimes contre l’humain durant cinq ans au nom d’idéologies de races pures, de races supérieures, de peuples inférieurs.

Tant de propos que l’on croyait éteints et pourtant qui renaissent aujourd’hui dans des discours, des manifestations, des attitudes.

Le racisme, la xénophobie, l’homophobie, l’antisémitisme sont mis en exergue par des médias avides de se vautrer dans le sensationnel au nom du seul objectif de se faire de l’argent. Les médias sont les nouveaux colporteurs du ventre encore fécond de la bête immonde.

L’extrême droite n’a pas changé, elle masque son histoire, ses racines, ses objectifs. Elle piège toutes celles et tous ceux qui souffrent des choix politiques qui donnent aux marchés financiers des pouvoirs dictatoriaux sur les peuples.

Comment ne pas penser à tous ces résistants internés, fusillés, déportés qui avaient proclamé « Plus jamais çà » ? Personnellement, je pense à mes camarades de Rouillé, d’Aincourt, de Voves, de Châteaubriant, d’Auschwitz. 219 internés de Rouillé sont transférés à Compiègne au printemps 1942. 151 seront déportés le 6 juillet 1942 à Auschwitz, 14 survivront. Je pense aussi aux 10 fusillés du camp de Rouillé avant notre départ pour Compiègne.

-Le 7 mars 1942 : 3 jeunes venant du camp d’Aincourt (Huart, Jurquet et Martin).

-Le 30 avril 1942 : Bréant, Dejardin, Grinbaum, Pentier, Vedzland.

-Le 5 mai 1942 : Giraudon André est fusillé au Mont-Valérien.

Venant d’Aincourt où nous étions isolés dans une forêt, l’arrivée à Rouillé nous a rapproché de l’humain.

A Aincourt, nous avions une organisation clandestine du Parti Communiste. Très vite, elle se restructura et participera au développement d’activités diverses. Nécessaire au moral mais aussi au développement intellectuel de chacun.

A Rouillé, nous sommes accueillis par la population, de la gare au camp, venue nous témoigner sa sympathie. Vous savez, pour un résistant, pour un prisonnier interné, cela marque. Ce soutien ne s’est jamais arrêté y compris par les cheminots qui ouvraient le sifflet des locomotives chaque fois qu’ils passaient devant le camp. Pour nous, cela signifiait que des liens étaient possibles avec l’extérieur. Au fil des semaines s’ouvrent des cours de littérature, de philosophie, d’allemand. Des groupes de théâtre se créent, des compétitions sportives voient le jour. La solidarité est pour nous essentielle. Elle est une règle de vie dans le camp des internés politiques.

Parler du camp, c’est aussi parler du docteur Cheminée, de Sœur Cherer, de Camille Lombard qui étaient les contacts directs avec nous. Des habitants nous procuraient de la nourriture, des renseignements. Les évasions des politiques étaient aidées par leur biais puis mises en liaison avec la résistance locale.

J’apprendrai à mon retour de déportation, le drame de la forêt de Saint Sauvant et le massacre de Vaugeton.

Oui, si la France se libère, c’est certes grâce à la coalition des alliés, c’est indéniable et il est normal que l’on commémore le débarquement et honore les soldats morts pour libérer notre pays.

Mais il ne faut pas oublier que la résistance intérieure et extérieure unie prendra une part décisive, directe à cette libération.

Que de chemin parcouru par cette résistance qui n’était au départ que de petites lumières, qui essayaient de redonner espoir au peuple de France lequel doutait de l’avenir.

Pendant quatre années, cette résistance a connu une terrible répression. Les exécutions de Châteaubriant, de Nantes, du Mont Valérien, de Souges, d’internés et d’otages avaient montré alors le vrai visage de l’occupant nazi et de la collaboration.

Ils sont nombreux les internés, fusillés, déportés qui n’ont pas connu la Libération et pourtant ils ont contribué à cette Libération. Nous ne pouvons les oublier et les internés du camp de Rouillé étaient de ceux-là.

Parler de Libération, c’est rappeler combien cette résistance avait souhaité que la France se reconstruise sur des bases nouvelles. Le Conseil National de la Résistance, mis en place un an avant le 15 mai 1944, élaborera un programme qui servira à bâtir cette République nouvelle. Son contenu ouvrira des avancées sociales, économiques, démocratiques qui, malgré de multiples remises en cause hier et aujourd’hui, sont de formidables progrès de société.

Quelle injure à la Résistance, à toutes celles et tous ceux qui ont donné leur vie, de vouloir réduire ou anéantir ces avancées comme la Sécurité Sociale, le système des retraites, les services publics. Ces avancées sont partie intégrante des droits de l’Homme et du citoyen. Elles sont des références pour d’autres peuples du monde qui souhaitent l’égalité, la fraternité, la justice sociale, la liberté.

Au nom de qui, de quoi, devrions-nous aujourd’hui accepter une dictature économique qui asservit et appauvrit les peuples ?

Pour moi, pour nous, au nom des résistants, des internés, des déportés, des fusillés, se libérer est de nouveau posé aujourd’hui. »
 

Fernand DEVAUX

Né en 1922

Arrêté le 5 octobre 1940 en tant que communiste

Interné à Aincourt du 9/11/1940 au 6/9/1941

Interné à Rouillé le 6/9/1941

Interné à Compiègne le 22/5/1942

Déporté à Auschwitz le 6/7/1942 – Rescapé
 

Après la cérémonie à Rouillé dont tous les discours ne furent pas à la hauteur de celui de Fernand Devaux, des gerbes furent déposées au monument de Vaugeton en hommage aux 31 résistants massacrés en forêt de Saint Sauvant sur la commune de Celle Levescault.

La gerbe du Parti communiste de la Vienne en hommage à nos camarades, a été remise par Jean-Louis Durand et Françoise Poteau au nom de notre Parti …

Les cérémonies animées par notre camarade Guy Dribault ont associé de façon judicieuse et émouvante les enfants des écoles, les collégiens, les sapeurs pompiers, les fanfares Rolliacus Banda et La Lyre Mélusine et la chorale Chantons liberté.

Reprenons pour finir la parole de Fernand Devaux « Pour moi, pour nous, au nom des résistants, des internés, des déportés, des fusillés, se libérer est de nouveau posé aujourd’hui. »

Françoise Poteau

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.