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Hommage à notre camarade Juanito Ruiz

Hommage à notre camarade Juanito Ruiz

 

C'est en travaillant et en agissant avec les autres qu'on apprend à les connaître. J'ai eu cette occasion depuis une quinzaine d'années, lorsque Juanito arriva au collège comme technicien au Site informatique de l'établissement. Aussi ai-je pu apprécier ses qualités pédagogiques auprès des élèves, mais aussi ses qualités de collaborateur avec les enseignants, et enfin ses qualités humaines avec l'ensemble du personnel. C'est là, qu'entre nous deux, s'est forgée une amitié sincère renforcée par des convictions progressistes et communistes communes, qui nous auront amenés à militer ensemble, jusqu’au jour où cette terrible maladie l'en empêcha.

Mon cher Juanito, cette complicité entre nous deux m'invite à m'adresser à toi, une dernière fois, avec tristesse de voir partir un ami, avec humilité en évoquant ton passé et celui de tes parents, mais aussi avec force et espoir en me référant à ton courage pour la vie et à ton souci permanent pour l'être humain et son devenir.

Comment ne pas être ému à l'extrême, quand on sait que tu as vu le jour, un 15 mai 1943, dans le sinistre camp de Gurs dans les Pyrénées Atlantiques, un camp de concentration où étaient internés tes parents avec nombre d'autres indésirables politiques, syndicalistes, républicains, juifs... de toutes les nationalités (français, allemands, espagnols,...), et dans l'attente d'une déportation notamment vers Auschwitz.

Tes parents connaissent ce camp dès le printemps 1939, d'abord comme camp de réfugiés espagnols, car Républicains convaincus, défenseurs de cette jeune République espagnole instaurée après des élections légales, justes, ils sont traqués, obligés de fuir le fascisme franquiste.

À ce moment-là, une petite fille est née ; elle s'appellera Liberta, un symbole fort en cette lugubre période. Aguerris à la lutte contre le fascisme, que ce soit celui de Franco ou celui de Vichy, tes parents ne manqueront pas de courage pour éviter la Déportation. Ton père profitant d'une sortie du camp pour le travail obligatoire, réussit à s'échapper pour s'engager aussitôt dans le Résistance française et se battre dans le maquis contre l'occupant.

Ta mère, quelque temps plus tard, alors qu'elle est dans le train pour un transfert d'internés, profite du ralentissement du train dû à une attaque des Maquisards, saute du convoi et s'enfuit avec ses trois enfants, Liberta, Julio et toi encore bébé.

À la Libération, la famille s'installe en Corrèze où tu vas passer toute ton enfance, puisque ton père est employé au barrage de Chastang. Alors que la vie est devenue paisible, tu subis un nouveau choc ; ton père décède alors que tu n'as que 10 ans.

Puis à 14 ans, il te faut apprendre un métier. C'est le centre des Apprentis orphelins d'Auteuil qui t'accueille et qui assure ta formation de réparateur radio.

Muni d'une bonne qualification, tu travailles dans la région parisienne et en te perfectionnant, tu deviens technicien informatique chez Control Data, groupe qui te mutera dans une de ses entreprises du Sud de la Vienne, notamment à Arles, où tu resteras jusqu'à l'âge de 52 ans.

Suite à des difficultés économiques de l'entreprise, tu cesseras cette fonction pour venir à Antigny. C'est alors qu'après de nouvelles formations dans le cadre de la maintenance des automatismes, tu obtiens un emploi au collège Saint-Savin, là où je découvre ta personnalité et là où je prends connaissance de ta vie qui m'inspire vite à la fois étonnement et respect.

Ta vie professionnelle ne te laisse pas indifférent à la vie locale, bien au contraire. Ton sens des relations, ton goût pour le vivre ensemble, ta soif de partage, partage des savoirs, partage des cultures, partage des responsabilités, t'amène à t'engager dans la vie associative et militante.

C'est alors que tu participes, avec d'autres mordus de l'informatique, à la création de Clics 2000, club dont tu deviendras le président en 1998, et tu y resteras jusqu'à ton dernier souffle.

Pour toi, la culture est un élément vital. Aussi participes-tu à la vie de deux chorales : l'atelier de la chanson de l'Emig, et La Vie chante dans du Canton de Saint-Savin.

La dégradation de ta santé t'oblige à n'en suivre qu'une, qui d'ailleurs tient à se rappeler à toi dans quelques instants.

L'hommage en chansons que vont te rendre tes amis choristes, renforce cette idée d'André Malraux, intellectuel antifasciste qui s'était mis au service de la République espagnole durant la guerre d'Espagne et qui fut ministre de la culture en France : « La culture, c'est ce qui a fait l'homme autre chose qu'un accident de l'Univers ».

À l'heure de nous quitter, mon cher Juanito, saches bien que tu vas nous manquer à nous tous, toi qui fus courageux devant la maladie, comme tu le fus dans la vie, dévoué aux autres, sensible à l'être humain, toi au parler franc, au parler direct, au parler vrai.

Que ton épouse Jacqueline,

Que ton fils Raphaël

Ta belle-fille Christelle, ta petite fille Mélina à qui tu as réservé tes derniers mots ;

Que toute ta famille veuille bien accepter toutes mes condoléances sincères et attristées, et celles de nos camarades que je représente, en pensant à notre idéal commun, si bien exprimé par ce grand philosophe, pacifiste, député avant-gardiste que fut Jean Jaurès (dont nous célébrons cette année le centenaire de la mort) : « qu'est-ce que l'idéal ? C'est l'épanouissement de l'âme humaine. Qu'est-ce que l'âme humaine ? C'est la plus haute fleur de la nature. »

Au revoir Juanito, au revoir mon ami.

Michel Brouard, conseiller général communiste du canton de Saint-Savin 

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