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Un beau 8 mars sous le soleil : pari réussi des syndicats !
 

29 nov.16:00
 

Il y a quarante ans, suite aux luttes acharnées des femmes s'inscrivant dans une
longue histoire d'oppression, d'exploitation et de meurtres perpétrés contre
elles par l'Église et les autorités politiques, face à la constitution de
réseaux d'avortement clandestins auto-organisés, l'État français finissait par
légaliser le droit à l'avortement avec la fameuse loi Veil. Toujours grâce aux
luttes féministes, le remboursement de l'IVG a été obtenu (partiellement en 1982
puis totalement en 2013), l'entrave à l'IVG est devenu un délit en 1993 et le
délai légal a été allongé de dix à douze semaines de grossesse en 2001 en même
temps que le consentement parental préalable était supprimé pour les mineures.
De 300.000 avortements clandestins avant la loi Veil, on est passé au chiffre
assez stable de 220.000 avortements par an.




    Néanmoins, la domination masculine est loin d'être abolie, et les droits des
femmes sont de plus en plus menacés. La remise en cause du droit à l'IVG est un
marqueur symptomatique. Le 29 novembre, l'association catholique intégriste "Sos
tout-petits" appelle de nouveau à une prière de rue contre l'avortement. Son
président X. Dor, qui ose comparer l'IVG à un "génocide", a déjà été condamné
pour entrave à l'IVG. Il ne faudrait néanmoins pas voir dans cette initiative
l'action isolée d'illuminé.e.s minoritaires : c'est le pape François lui-même,
anti-avortement et anti-contraception, qui appelle à prier "pour la vie" ce 29
novembre. Il ne s'est d'ailleurs pas privé d'attaquer une nouvelle fois le droit
à l'IVG il y a quelques jours devant le parlement européen, en le comparant à
l'abandon des personnes âgées ou au droit à mourir. Le pape a reçu une "standing
ovation". De même, l'Église catholique de France a évoqué le week-end dernier
une "banalisation sans précédent de l'avortement", par la voix de l'évêque de
Grenoble.




    Sous la pression des institutions religieuses, qui prônent depuis toujours le
contrôle et l'aliénation du corps féminin, le droit à l'IVG et les droits des
femmes en général ne cessent d'être remis en question à l'échelle européenne ;
les intégristes demandent la fin du financement de l'IVG par les États. Partout
où l'Église catholique est puissante (Pologne, Irlande, Chypre, Malte), le droit
à l'IVG est très restreint, voire illégal. En Espagne, la loi anti-avortement
n'est finalement pas passée, grâce à la lutte acharnée des femmes et
d'organisations progressistes ou révolutionnaires, mais les mineures doivent
désormais obtenir une autorisation parentale. À l'échelle mondiale, aujourd'hui
encore, une femme meurt des suites d'un avortement clandestin toutes les sept
minutes, du fait de l'interdiction ou de la restriction du droit à avorter. La
nouvelle loi texane sur la restriction du droit à l'avortement a été validée le
19 novembre par la cour suprême des États-Unis.




    En France, les femmes sont directement impactées par la fermeture pour manque de
"rentabilité financière" de 130 structures ces dix dernières années, les baisses
de subventions aux plannings familiaux, le maintien d'une "clause de conscience"
pour les médecins, un délai de réflexion obligatoire de sept jours entre les
deux premières consultations. Des milliers d'entre elles sont ainsi réduites
chaque année à avorter à l'étranger, notamment aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni,
quand elles en ont les moyens. Outre les provocations médiatiques de
masculinistes notoires contre les femmes, une certaine frange droitière de la
classe politique française s'attaque aujourd'hui à la gratuité ou à
l'inconditionnalité du droit à l'IVG, soutenue par des groupuscules intégristes
et/ou fascisants qui montent en force.




    Selon nous, ces attaques contre le droit des femmes à disposer de leur corps
sont à replacer dans une lutte plus large contre la domination économique et
politique. Depuis les débuts du capitalisme, la domination économique passe par
l'aliénation des individus de leurs propres corps, notamment les femmes qui sont
assignées aux activités de reproduction et d'entretien de la main-d'œuvre
délibérément dévalorisées, de façon à extraire davantage de profit. La
domination politique sur le prolétariat passe par la division genrée de celui-ci
en deux "sexes" aux rôles imposés, l'un subordonné à l'autre. Les États
continuent de fait de valider une ségrégation de genre, de façon brutale
(notamment dans les pays les plus pauvres) ou insidieuse. Les violences
quotidiennement subies par les femmes et la réification de leurs corps se
doublent d'une perpétuation des inégalités en matière de revenus et de statut
social.




    Tandis que les intégristes ont toute latitude pour imposer leurs "prières de
rue" sexistes ou homophobes dans l'espace commun, et que le discours anti-IVG se
banalise sur internet, les manifestant.e.s pour les droits des femmes et la
liberté individuelle sont intimidé.e.s par la police, y compris à Poitiers.




    Cela ne nous empêchera pas de continuer à lutter, pour le droit à l'avortement
libre et gratuit, les droits des femmes et plus largement notre droit à disposer
de nos propres corps, contre tous les dominants, les exploiteurs et leurs
idéologues. Nous appelons à un large contre-rassemblement, samedi 29 novembre
2014 à 16h à Poitiers, devant l'église Notre-Dame, pour leur faire entendre un
autre son de cloche.




Signataires : Des individu.e.s, groupe anarchiste Pavillon Noir, Convergence
Libertaire Anticapitaliste Poitevine, Jeunesses Communistes de la Vienne