Fédération de la Vienne

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Remise de la légion d'honneur à Paul Fromonteil

Paul Fromonteil a reçu la Légion d'honneur remise par Hélène Luc, sénatrice honoraire

 

Discours du secrétaire départemental du PCF 86

 

Cher Paul, si je m'exprime aujourd'hui, en tant que secrétaire

départemental du Parti Communiste, c'est que, quelque part,

quand un communiste reçoit la légion d'honneur, les communistes

sont honorés. C'est d'ailleurs peut-être une des raisons pour laquelle,

malgré leur rôle important dans la résistance, aucun communiste n'a

été panthéonisé avec Pierre Brossolette, Jean Zay, Germaine Tillon et

Geneviève Anthonioz-De Gaulle...

Hélène Luc a rapidement décrit ton parcours d'élu et les

diverses fonctions et responsabilités que tu as occupées, qui justifient

en soi pleinement l'hommage qui t'est rendu. Je n'en referai donc pas

la longue liste.

J'ai eu le privilège de lire tes mémoires avant leur parution. Je

dois d'abord dire que j'ai lu avec plaisir, quasiment d'une traite, ce

récit captivant. Ton témoignage est celui d'un militant, d'un élu

républicain, d'un homme qui a traversé plus d'un demi siècle de

notre histoire, et qui y a pris une part active.

Il donne un éclairage peu habituel sur une partie importante

de notre histoire. Les militants,mais aussi les habitants de la Vienne

seront certainement très intéressés. Je pense en particulier à cette

bataille électorale des élections législatives de 1975, dont tu rappelles

la place importante qu'elles ont jouée à l'époque... et qui ont peutêtre

été une occasion manquée, la direction du Parti Communiste

n'ayant pas, malgré tes alertes, pris la mesure de ce qui se jouait. Je

n'oublie pas que tu as failli être maire de Châtellerault, à quelques

voix près, en 1977. J'avais alors 13 ans, j'étais dans la salle de la

mairie à l'annonce des résultats, me reste en mémoire la réflexion de

ma grand-mère très déçue ce soir là « on va pouvoir rebaptiser cette

ville et l'appeler «Abelin-Ville».

Au delà de ça, ce témoignage donne de la hauteur de vue, il

permet de se replacer dans une perspective, d'éclairer les combats,

les luttes pour plus de liberté de justice et de fraternité. On retrouve

toujours une analyse qui tente de prendre en compte les situations

dans toute leur complexité, loin des jugements à l'emporte-pièce:"

tout n'est pas noir ou blanc". Je pense par exemple au récit poignant

sur la guerre d'Algérie, où l'on comprend bien la contradiction dans

laquelle est pris le jeune appelé opposé à cette sale guerre... lorsque

l'ordre t'est donné de pilonner un village algérien, tu penses aux

populations innocentes et tu résous cette contradiction en faisant en

sorte de rater la cible.

Au passage, lorsque tu es à l'origine de la création de la FNACA

avec Jean-Jacques Servan-Schreiber qui n'est pas de ton bord

politique, tu montres bien qu'être efficace ce n'est pas exclure à

priori, mais bien à chaque fois qu'il y a une revendication, un point

d'appui pour avancer, s'en saisir et chercher à rassembler le plus

largement possible pour construire du commun.

Dans un tout autre domaine, je pense à ton action en tant

qu'élu et responsable associatif, en lien avec le terrain, avec les

luttes, pour gagner chaque avancée aussi modeste soit-elle, pour

l'émancipation, la solidarité, l'amitié entre les peuples.

Enfin, et ce n'est pas la moindre des choses, tu rappelles à tous

que la voie que tu as choisie n'est pas la plus facile loin de là. Tu

rappelles que lorsque tu acceptes de devenir permanent du Parti,

c'est pour un salaire bien modeste au vu des responsabilités et de

l'engagement que cela implique. Tu rappelles que le fait de militer et

prendre des responsabilités au Parti communiste, le plus souvent, ce

n'est pas faire carrière, ce n'est pas assurer ses arrières. C'est par

contre mener une vie très riche et enrichissante. Ça ne fait pas de

mal en ces temps où certains proclament haut et fort qu' «à 50 ans si

on n'a pas de Roleix on a raté sa vie », ou encore qu' « Il faut des

jeunes qui aient envie de devenir milliardaires».

Dans toute ton action, il y a des constantes, des marqueurs : la

conviction, l'ouverture, le respect, l'esprit de résistance et

d'initiative, et l'esprit de responsabilité.

Cher Paul, permets moi, au nom du Parti communiste, de te

remercier pour ta contribution et pour ce témoignage. C'est pour moi

une illustration de ces mot de Lucie Aubrac : « le verbe résister se

conjugue toujours au présent».

Yves Jamain