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Centre Hospitalier Laborit : dans quel monde vivons-nous ?

Le Centre Hospitalier Henri-Laborit (CHL) est le seul établissement spécialisé en santé mentale dans la Vienne. Il traite toutes les pathologies mentales et apporte des soins de proximité développés sur tout le département (site CH-Laborit).

Pour comprendre l’actualité du CH Laborit, revenons à quelques décennies de cela… C’est en 1938, que le département de la Vienne voit la création d’un l’hôpital psychiatrique (le terme psychiatrique remplacera dorénavant celui d’asile d’aliénés avec le décret du 8 avril 1937).

« Un monde qui rêve d’une société sans fou. Mais une société sans fou serait une société folle ! »

Avec l’arrêté du 11 mars 1975, l’établissement devient le Centre Spécialisé de la Vienne ou CHSV, dénomination qu’il conservera jusqu’à l’année 1995 où il devient officiellement Centre Hospitalier Henri-Laborit. (Cf site CH-Laborit Docteur Gérard Simmat 2010 neurologue).

« Le CHL s’adapte au fur et à mesure aux besoins de la psychiatrie et nul doute qu’il continuera dans cette direction dans les prochaines décennies. ». Le Docteur Gérard Simmat conclut donc sa présentation historique sur cette note d’espoir, mais qu’en est-il véritablement aujourd’hui, en mars 2016 ?

C’est en septembre 2015, que le Dr Hervé Bokobza, figure des fondateurs du Collectif 39, et directeur d’un établissement pour jeunes psychotiques, lance un cri aussi effrayant qu’assourdissant;  « Des pratiques d’un autre temps, d’un autre âge se déroulent quotidiennement dans notre pays : celles de la contention physique. En France, chaque jour, on enferme, on immobilise, on attache, on sangle des personnes malades. Ces pratiques inhumaines avaient quasiment disparu. Or, et les contrôleurs des lieux de privation de liberté l’ont constaté, elles sont désormais en nette augmentation et qui plus est banalisées, comme des actes ordinaires. Dans le projet de loi sur la santé, il est même écrit, non sans cynisme ou ignorance, que ces actes auraient des vertus thérapeutiques. »

D’autres psychiatres dénoncent dans un même temps « les petites économies traquées partout par l’hôpital qui vont occasionner des grands drames chez nous... ».

La CGT quant à elle revendique une psychiatrie publique humaniste qui place le patient au centre d’une prise en charge adaptée et de qualité avec des agents formés en nombre suffisant dans les services.

Cela place les directions devant leurs responsabilités pour les décisions à venir, y compris au CH Laborit...

Et c’est ainsi que lors de la cérémonie des vœux en janvier dernier, la direction du CH Laborit lance les axes majeurs de la nouvelle réorganisation ; entendez « nouvelle organisation dans le cadre de la loi Santé » qui avait sous l’impulsion de l’intersyndicale Henri-Laborit, provoqué une très forte mobilisation et une grève le 28 septembre 2015, jour de la mise en place de la nouvelle organisation. 

Christophe Verduzier, nouveau directeur du CH Laborit, missionné par l’ARH depuis 2015, présente donc l’apanage des nouveautés que son centre va connaître en 2016, tel que la mise en œuvre du nouveau projet médico-soignant, la création d’une nouvelle unité d’accueil et d’orientation du patient, la poursuite de la recherche, le travail extra-hospitalier, l’ouverture d’un accueil de soins pour adolescents, etc. On crée des unités nouvelles, il faut du nouveau et encore du nouveau, pour une société toute neuve, bariolée de nouveaux projets, tous toujours plus joliment et techniquement nommés les uns que les autres. On développe, on met en place, on poursuit… Mais pour qui ? Et avec qui ?

« Aujourd’hui, on enferme des gens sous prétexte qu’on ne peut pas les surveiller, parce qu’on a d’autres tâches. » (Philippe Borrel)

Une pilule que la CGT Laborit ne compte pas avaler.

Les attentats du 13 novembre dernier à Paris, sonneront l’arrêt des luttes entamées en septembre 2015 à Laborit contre la « nouvelle organisation ».  

Mais loin d’être démobilisé, le personnel reprend le chemin des AG intersyndicales et ressort les banderoles dès janvier. Car ce qui se cache derrière les belles et fraîches déclarations de la direction à la Presse locale, a un tout autre goût, pour un tout autre coût, comme lui répondra la CGT :  « Nous n'acceptons pas les modalités de la réorganisation que la direction compte mettre en œuvre en mars. Elle prévoit les transferts vers le CHU de notre standard, de notre unité radiologie. La direction propose de nouveaux plannings, mais sans effectif pérenne, on nous parle de CDD, à temps partiel. L'an dernier, cette mesure avait été abandonnée suite à notre mouvement. »

Faire des économies, développer des actions de modération de la masse salariale, notamment à travers une gestion plus rigoureuse des effectifs… La masse salariale, 1300 employés, c’est 83 % du budget global du CH Laborit. Sachant qu’il est prévu une économie de 700 000  euros en 3 ans… La masse salariale ? Un gisement potentiel d’économie ! Des formations qui coûtent cher, alors que l’on peut trouver du personnel à moindre coût, mais pas sans danger ! Des contrats comme les CUI, les CAE, les CDD rémunérés à 60% pour un travail de flexi-insécurité, justifient comme il se doit, la notion chère au libéralisme dévorant ; la flexibilité, comme unique réponse de ce patronat caché derrière les gouvernements, jouant à casser la dignité de l’être, qui ne peut plus se reconnaître par aucune spécificité.

Car la formation des soignants est également au cœur des abysses dans lesquelles la psychiatrie glisse aujourd’hui. « Si on ne pose pas la question de la formation des personnels qu’on a complètement despécifiée, déqualifiée, supprimant l’internat psychiatrique et le diplôme d’infirmier psychiatrique, si on ne remet pas de la pensée dans tout ça ; Qu’est-ce que la folie? » (En 1992, les derniers I.S.P. entrent en formation. Après eux, la filière spécifique n’existera plus). 

Quel sens donner dans ces conditions, à la psychiatrie, dès lors que les soignants et les patients sont toujours davantage déconsidérés ?

Dans un courrier adressé à Jean-Michel Clément, député de la Vienne, la CGT Laborit peint un tableau bien pâle et proche du désespoir des conditions de travail et de soins dans l’enceinte du CH Laborit. Le personnel constate une augmentation des tensions, de frustrations accumulées dans la relation personnel-patient, source de violences appelant des réponses par contention physique au détriment de la contenance relationnelle qui prévalait jusque-là. S’ajoutent l’étiolement du personnel, des services bondés, une approche « techniciste » de la gestion du personnel, qui sont autant de causes d’une souffrance profonde au travail qui n’en finit pas de se décliner sous forme d’irritabilité, arrêts maladie, troubles psychiques, effondrement, épuisement, dépression, maladies somatiques diverses… 

Alors, l’application de la loi N° 2016-41 de modernisation du système de santé, permettra-t-elle d’en finir avec l’état de dégradation avancé dans lequel l’hôpital psychiatrique s’enkyste ?

« Cette loi ne permet pas la continuité des soins, mais bien celle de la contrainte » (Dr Guyadert)

Au milieu de toutes les lois qui se chevauchent rapidement en ce moment sous la directive du gouvernement socialiste, l’hôpital Laborit pris en étau se retrouve roulé-boulé entre la loi Santé pour qui la santé mentale n’est sans conteste pas la priorité, la loi sur la justice, qui facilite encore d’avantage le passage et la détention des déviants de l’hôpital psychiatrique à la prison, où le prix de journée reste inéluctablement bien plus bas que celui d’un service psychiatrique de soins, et la loi Notre et sa désertifiante restructuration des territoires.

C’est donc en 2013 que la direction du CH Laborit  décide la fermeture des CMP (centres médicaux-psychologiques) ruraux enfants et adolescents de Chauvigny, Civray et Lusignan et ce, pour une durée indéterminée. Seul le centre de Civray sera ré-ouvert après la mobilisation du personnel sous l’égide de la CGT. Ces centres représentaient des pôles d’accueil, d’écoute uniques pour des populations déjà éloignées, souvent isolées tant géographiquement que culturellement. Ce sont autant de réseaux éteints, comme les carrefours d’un maillage socio-culturel rayés de la nouvelle carte, des nouveaux territoires. 

Mais il semble que les maux dont souffre la psychiatrie n’en finissent pas, et le mois de mars 2016 voit poindre une nouvelle obligation, sortie de la loi Santé : celle pour les établissements publics de santé d’adhérer à un Groupement Hospitalier de Territoire (GHT), ce qui reviendrait à placer la psychiatrie sous la coupe d’un centre hospitalier majeur et central. Dans la Vienne, le futur GHT serait donc piloté par le CHU Jean-Bernard auquel viendront se rattacher, le CH Camille-Guérin de Chatellerault, le CH Renaudot à Loudun et le CH Laborit, celui de Montmorillon ayant déjà « fusionné » avec le CHU de Poitiers au 1er janvier 2016. 

À l’instar de la CGT Laborit, depuis la parution de ce texte de loi des voix s’élèvent vertement, telle la déclaration de la Communauté médicale EPS, pour qui, « la psychiatrie n’est pas une spécialité mais une discipline médicale au même titre que la médecine, la chirurgie et l’obstétrique », estimant qu’un GHT « consiste à faire rentrer la psychiatrie dans une caricature aggravante de l’hospitalo-centrisme. »

Dans ce sens, la CGT Laborit a déposé une demande de dérogation, misant sur la spécificité du CH Laborit de par son positionnement sur toute la psychiatrie du département de la Vienne, son statut universitaire, ses hôpitaux de jour, ses CMP… avec l’espoir mince, d’échapper à ce rattachement d’un centre hospitalier psychiatrique auquel on exige des coupes budgétaires dantesques à son voisin cinq fois plus imposant, ayant réussi le tour de force de réaliser des bénéfices dans la gestion qu’il pratique en terme de santé publique ! Réponse très très prochainement, sans doute entre deux manifs !!!

D’après une rencontre au local de la CGT Laborit, avec Gérard, Éric et Sébastien.

Elsa Bernardeau

Article initialement paru dans la Vienne démocratique d'avril 2016 (n°1043)

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