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L'hommage à Roger Lecoffre d'Yves Jamain

Hommage à Roger Lecoffre

par Yves Jamain le 22 août 2016 au funérarium de Poitiers

 

J'ai eu la chance de connaître Roger, qui fait partie des camarades qui m'ont accueilli lorsque je suis arrivé dans le quartier en 1995.

On a certainement tous nos modèles, et en ce qui me concerne, Roger en fait partie. Il a été un exemple pour de nombreux militants, en premier lieu pour ses enfants, c'est une évidence.

Né en 1929 d'un père chef de gare et d'une mère épisodiquement garde-barrière en fonction des affectations de son mari, il deviendra lui-même cheminot. Bien que n'étant pas issu d'une famille militante il adhère à la CGT où il militera activement.

En 1950 il épouse Jeanne Chaffaud, jeune postière, fille de résistant communiste, qui lui tape dans l'oeil alors qu'elle tient le guichet du bureau de poste de Sceau-en-Couhé auquel il se rend quotidiennement… Ensemble ils auront 5 enfants, et traverseront bien des épreuves, dont la disparition de leur fille Nicole. Il n'y a pas de Roger sans Jeanne, discrète, militante elle aussi, mais qui est là pour gérer le quotidien. Les Lecoffre, c'est un couple, et c'est une famille.

Roger adhère au Parti Communiste en 1952, certainement sous l'influence, en particulier, du grand et charismatique Pierre Charles, lui-même cheminot, ancien résistant communiste, qui restera un compagnon fidèle.

Il représentera le Parti aux élections cantonales à deux reprises, et aux élections municipales de Poitiers où il participera à la victoire de la gauche en 1977 sur la liste menée par Jacques Santrot. Il exercera deux mandats d'adjoint, en charge de l'enseignement scolaire. Jean-Jacques Pensec qui fut élu avec lui nous parlera plus particulièrement de son action en tant qu'élu.

Pour ma part Je m'attacherai donc à évoquer le militant de quartier qu'il était. Il animait la cellule du quartier de Montmidi (qui portait le nom de René Amand, résistant communiste, cheminot lui aussi) et tenait le CDH (centre de diffusion de l'Humanité). Tous les week-end c'est plus de 30 Humanité-Dimanche qui étaient vendus. La famille était bien sûr mise à contribution, pour porter toutes les semaines les journaux aux lecteurs, pour tracter dans les boîtes aux lettres, coller les affiches… bref tout ce qui faisait le quotidien du militant. Il fut bien sûr de toutes les campagnes électorales...

J'ai encore en mémoire les réunions de cellule autour de la table familiale chez les Lecoffre. L'ambiance de franche camaraderie bien sûr, les bons mots et les anecdotes dont Roger était friand, mais aussi ce côté apaisant, et sa clairvoyance. Il était pragmatique, et souvent il voyait juste, par exemple quand il donnait son avis sur la stratégie politique. Je le revois encore disant « ça, ça ne marchera pas »…

Quant à sa notoriété dans le quartier c'était quelque-chose. Faire une initiative militante au marché de Bel-Air, avec lui ça changeait tout, tellement il était connu et respecté. Les anciens du quartier le connaissaient, et au marché de Bel-Air il y en a beaucoup… alors évidemment ça facilitait le contact. Je crois qu'à chaque fois que je le croisais dans le quartier, ou à la superette je le voyais discuter avec quelqu'un. Rien que pour acheter une plaquette de beurre ça devait prendre un temps certain.

Sa vie, c'est une vie d'engagements, syndical et politique certes, mais aussi associatif avec l'ADAPEI et sportif comme arbitre de foot.

Dans les années 50-60, la société ne faisait rien pour la reconnaissance et l'accueil des personnes handicapées mentales. Il a fallu s'organiser pour conquérir des droits, créer des écoles, des lieux de vie. Avec d'autres parents d'enfants handicapés pour lesquels il n'existait pas de structure d'accueil, il a participé à la création de l'IME des papillons blancs (Mauroc) dont il a été pendant longtemps administrateur.

Bon footballeur dans sa jeunesse, il exercera comme arbitre sur les terrains du département tous les dimanches. Le petit Jacques qui devait l'accompagner n'en a pas gardé un grand amour pour le football. C'était plutôt une contrainte… sauf quand les déplacements étaient trop importants pour faire le trajet en vélo ou en solex, et que c'est Pierre Charles qui faisait le Taxi avec sa voiture.

Tous les témoignages que j'ai eus ont souligné sa gentillesse, sa personnalité positive, son sens de l'écoute, son coté humain, mais aussi sa détermination. Quand il s'engageait on savait qu'on pouvait compter sur lui. Il a aidé nombre de personnes dans des démarches, pour résoudre un problème, faire une intervention…

Il était manifestement très apprécié par toutes les personnes qui l'ont côtoyé. En particulier dans le cadre de son mandat, par les élus, les personnels de la mairie, les directeurs d'école, les enseignants qui ont eu affaire à lui. Il faut dire qu'il n'avait pas peur du « dépassement de fonction ». Par exemple il récupérait pour une école du matériel de la SNCF (mobilier, de la moquette…), il utilisait ses relations et ses compétences de cheminot pour obtenir des avantages pour les voyages scolaires. Il est parfois allé jusqu'à accompagner les sorties quand il manquait un adulte.

Au delà de ce parcours, enfin, je ne peux m'empêcher d'évoquer quelques aspects de sa personnalité à travers quelques anecdotes qui illustrent le personnage.

- Les personnes qui passaient chez lui, et j'en faisais partie, profitaient bien souvent des produits de son jardin. Et son jardin croyez-moi, il était bien tenu. Le soin qu'il apportait à ce qu'il faisait, se manifestait jusque dans le collage des affiches qui ne souffrait pas un pli, pas une bulle.

- Il aimait la plaisanterie et ne manquait pas l'occasion de faire une blague. Par exemple lorsqu'il a fait croire à Adèle et Gilles, dont la maison n'avait pas de numéro, que la mairie sur son intervention avait posé une plaque avec un numéro…en fait c'est lui qui l'avait posée... la plaque. Où lorsque Anne, piètre maraîchère, a découvert que la super belle salade qui avait miraculeusement et spontanément poussé dans son jardin, dont elle était si fière.. était en fait une salade que Roger avait pris dans son jardin et malicieusement replanté chez elle…

C'est aussi cette image d'un homme charmant et attachant et tellement sympathique dont nous gardons le souvenir.

À son épouse Jeanne, à ses enfants et petits enfants, à ses proches, je présente toutes mes condoléances et celles des communistes. Avec lui nous perdons un camarade, un ami, un exemple.

 

Yves Jamain, secrétaire départemental du PCF

 

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